Un petit oiseau blanc en hiver, discret et rare, se retrouve au centre d’un débat lourd de conséquences. Le lagopède, souvent appelé perdrix des neiges, voit sa chasse menacée d’une suspension de cinq ans après une décision du Conseil d’État.
Voir le sommaire
Que prévoit la décision du Conseil d’État ?
La plus haute juridiction administrative demande au gouvernement de prendre, sous deux mois, un arrêté qui suspendrait la chasse du lagopède alpin sur l’ensemble du territoire métropolitain pour une durée de cinq ans. Le Conseil d’État estime que la pratique actuelle n’est pas compatible avec les efforts de protection de l’espèce.
La demande vise à donner un temps de respiration à la population sauvage et à permettre d’évaluer l’impact de la chasse sur le déclin observé. Cette injonction s’appuie sur les textes protecteurs et sur des données scientifiques récentes.
Pourquoi cette suspension est-elle demandée ?
Plusieurs associations de protection de la nature, dont la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), One Voice et le Comité écologique ariégeois, ont saisi la justice après que leurs demandes adressées au gouvernement sont restées sans suite. Elles contestaient un arrêté autorisant la chasse dans trois départements.
Le lagopède vit surtout dans les régions arctiques et boréales d’Europe du Nord. En France, il ne subsiste que dans les Alpes et les Pyrénées, en petits groupes isolés. La population décline depuis plusieurs années. Les scientifiques notent une baisse sensible au cours des deux dernières décennies, particulièrement dans les Alpes.
Les menaces sont multiples. Le changement climatique transforme les paysages d’altitude. Les activités humaines fragmentent les habitats. Ces facteurs réduisent la capacité de l’espèce à se maintenir localement.
Quelles données montrent l’ampleur du déclin ?
Depuis 1950, le lagopède alpin a disparu de 33 % des communes des Alpes où il était présent. Dans les Pyrénées, la baisse concerne 21 % des communes. Ces chiffres illustrent une régression lente mais durable.
La situation a conduit les autorités à se référer à la directive Oiseaux de l’Union européenne, qui encadre la protection des espèces et la régulation de la chasse pour éviter toute atteinte à la conservation.
Quelles conséquences pour la chasse et pour la conservation ?
Pour les chasseurs
Si l’arrêté de suspension est pris, la chasse du lagopède sera interdite pour cinq ans sur la métropole. Les chasseurs concernés devront donc adapter leurs pratiques et leurs territoires de chasse. L’impact administratif et social peut être important, surtout dans les vallées où la chasse fait partie des usages locaux.
Pour l’espèce
Une pause de cinq ans permettrait de réduire la pression directe sur les populations et de mieux mesurer l’état réel de l’espèce. Mais la protection de la perdrix des neiges ne se limite pas à l’arrêt de la chasse. Il faudra aussi préserver les habitats, limiter les dérangements en période sensible et agir contre la fragmentation des milieux.
Que pouvez-vous faire ?
Si vous êtes concerné par la montagne, signalez les observations de lagopède aux associations locales. Soutenez les organisations qui mènent des inventaires et des actions de terrain. Informez-vous et partagez des informations fiables pour éviter la désinformation qui enflamme les débats.
Vous pouvez aussi suivre la mise en œuvre de l’arrêté. Le délai de deux mois imposé au ministère signifie que la décision officielle arrivera vite. Restez attentif aux communiqués et aux actions locales de conservation.
La question dépasse la seule chasse. Elle pose la question de la place des espèces de montagne dans un territoire qui change rapidement. La LPO demande même un moratoire pour d’autres espèces menacées. L’enjeu est simple : voulez-vous préserver ces paysages naturels pour les générations à venir ?


