Chaque hiver, un bal silencieux se joue sur les eaux du Vaucluse. Vous observez un groupe de canards qui disparaît soudainement sous la surface puis réapparaît quelques secondes plus tard. Ce sont très probablement des fuligules, et parmi eux les célèbres milouin et morillon, des virtuoses du plongeon.
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Pourquoi ces canards plongent-ils ?
Les fuligules appartiennent à la famille des canards plongeurs, très différents des canards de surface comme le colvert. Vous le remarquerez vite : ils n’aspirent pas leur nourriture à la surface. Ils plongent complètement pour atteindre des ressources cachées.
Ils cherchent de petits mollusques, parfois des écrevisses, des graines et des plantes aquatiques, voire des racines. Selon Robin Lhuillier, responsable formation à la LPO PACA, le milouin plonge en moyenne une quinzaine de secondes. Le morillon peut rester sous l’eau plus longtemps et aller plus profond, jusqu’à une quinzaine de mètres dans certains cas.
Comment les reconnaître sur l’eau
Le dimorphisme sexuel est très marqué chez ces espèces. Pour vous repérer, regardez d’abord la tête et les yeux.
Signes visibles à distance
Le mâle milouin affiche une tête brun‑marron et des yeux d’un rouge vif. C’est un détail frappant quand vous l’apercevez au soleil. Le mâle morillon est beaucoup plus contrasté : plumage noir, huppe bien visible, œil jaune et flancs blancs. Les femelles sont plus discrètes, brunes et moins contrastées, ce qui les aide à se camoufler pendant la reproduction.
Comportement et silhouette
Observez aussi la posture et le départ au vol. Les fuligules ont les pattes placées très en arrière sur le corps. Résultat : ils poussent fort sous l’eau mais doivent « courir » sur la surface pour s’envoler. C’est un bon indice pour les différencier d’un colvert, qui décolle d’un seul coup. Leur tête est assez grosse et légèrement conique, une forme qui résiste à la pression lors des plongées profondes.
Où et quand les observer en Vaucluse
Ces oiseaux sont majoritairement hivernants. Ils descendent du grand nord pour éviter les surfaces gelées. Plus il fait froid au nord de l’Europe, plus vous en verrez ici.
En Vaucluse, cherchez-les sur le Rhône, la Durance et les gravières, par exemple la gravière de l’Île des Rats à Piolenc. On les repère aussi sur certains étangs et plans d’eau locaux. Quelques couples nichent de façon ponctuelle, notamment vers la confluence Durance‑Verdon, près de Beaumont‑de‑Pertuis, mais c’est rare.
Conseils pratiques pour les observer sans les déranger
Pour profiter du spectacle, équipez‑vous de jumelles ou d’une longue‑vue. Installez‑vous à distance et restez immobile. Un départ précipité et des gestes brusques les font plonger ou s’envoler, et vous perdez la scène.
N’approchez pas en bateau trop près, ne les nourrissez pas et évitez les flashs si vous photographiez. Respecter leur tranquillité est essentiel pour qu’ils restent et reviennent l’hiver suivant. Pour suivre les observations et les recommandations locales, consultez le site de la LPO PACA (www.paca.lpo.fr).
Un spectacle à ne pas manquer
Voir un milouin replonger, yeux rouges étincelants, ou un morillon surgir avec sa huppe et son œil jaune, c’est un petit trésor d’hiver. Le contraste entre leur calme apparent et l’ardeur du plongeon fascine toujours.
La prochaine fois que vous longez un étang ou une gravière, levez les yeux, observez la surface. Vous pourriez assister à un ballet silencieux et précis. Et si vous avez la chance, vous quitterez l’endroit un peu plus riche d’une image rare et vivante.


